« Le peuple juif demeure la racine vivante de la foi chrétienne. Nous voulons signifier cet attachement en priant pour les membres du peuple juif tous les premiers jeudis du mois. Nous croyons que cette intention est une source de bénédiction dans notre chemin vers l’unité entre les Églises. »
Texte de méditation
Paracha de Yedidiah Robberechts pour le Shabbat du 5-6 décembre 2025, communauté massorti de Marseille
VAYCHLAH Genèse 32:4–36:43
Depuis que Joseph est né, Jacob fait front, il ne s’esquive plus. Et plutôt que de rentrer dans le champ de son frère par effraction – ce qu’avait fait Abel et qui s’était très mal terminé -, il lui envoie des messages et des messagers pour qu’une juste temporalité de la rencontre puisse se mettre en place.
Mais Esaü répond par une fin de non-recevoir : il veut la guerre et vient avec 400 hommes pour le massacrer. C’est la violence inéluctable de l’histoire qui va se rejouer, Caïn qui va à nouveau tuer Abel, une nouvelle Choah…
Que fait Jacob ? Il a très peur d’être tué et est angoissé d’avoir à tuer (Genèse 32,8 avec Rachi). Première réaction donc, il se prépare à la guerre inéluctable en séparant son camp en deux : comme cela au moins, une partie pourra s’enfuir.
Mais il ne parvient pas à se contenter de cette réaction épidermique, par laquelle il accepte la logique violente qui lui est imposée par son frère. Il se met alors à prier, c’est-à-dire à chercher une issue autre à une situation qui paraît sans issue.
Prier, c’est peut-être cela : ce n’est pas chercher un résultat immédiat, une réponse automatique à tous nos problèmes, en attendant de Dieu qu’il réponde à toutes nos demandes. Prier, c’est arriver au bout de sa force pour, à bout de forces, s’ouvrir à un au-delà de la force. Prier, c’est reconnaître ses limites, prendre conscience que le principal nous échappe et ne nous appartient pas, et s’ouvrir à cet au-delà qui exige de nous de nous dépasser dans une action que nous n’avions pas prévue ni même pensée possible.
C’est ce qui va se passer avec Jacob : à peine sa prière achevée – et apparemment grâce à cette prière -, il découvre une troisième possibilité : il va réinterpréter l’oracle qui avait jadis été annoncé à sa mère – « l’aîné servira le cadet ». Car en hébreu, la phrase est tournée de telle manière qu’on peut y entendre également le contraire : « le cadet servira l’aîné » ! La prière grâce à laquelle il est arrivé au bout de ses forces, lui ouvre ainsi un nouveau champ de possible : entendre autrement ce qui semblait jusqu’ici être un décret du destin, pour en faire, en le retournant, le lieu nouveau d’une action possible, d’un service et d’une responsabilité qui inversent le destin. Et c’est ce qu’il va faire : il va envoyer une offrande à Esaü accompagnée d’une mise en scène destinée à amadouer son frère avant qu’ils ne se rencontrent. Il invente, ce faisant, le théâtre et la diplomatie.
Mais de manière plus profonde, il va utiliser le rite normalement tourné vers Dieu (minhah-offrande, kaparah- pardon, laset panayv-relever la face…) pour le tourner vers son frère, et cela va réussir ! Pourquoi ? Parce qu’il a vu la face de son frère comme on voit la face de Dieu (Genèse 33, 10).
N’est-ce pas cela l’éthique ? Et le but de la prière n’est-il pas de nous ouvrir à l’éthique, qui seule nous permet d’inventer un au-delà de la violence et de son destin inexorable ? Il nous faut donc réapprendre à prier – et à interpréter – pour retrouver les chemins de la paix.
Proposition de lecture
Shema Israel : Dt 6,4-9
Appel d’Abram: Gn 12,1- 4
Je suis celui qui est : Ex 3,13-15
Bénédiction : Nb 6,22- 27
Confession de foi antique : Dt 26,5- 9
Le premier commandement : Mc 12,28-34
La foi d’Abraham : Hb 11,8- 12
L’héritage du peuple d’Israël : Rm 9.1-5
Par exemple : Nombres 6,22-27 :
Le Seigneur parla à Moïse. Il dit :
« Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras : Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël :
“Que le Seigneur te bénisse et te garde !
Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce !
Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !”
Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »
Intercessions
R. Amen, amen, béni soit le Dieu d’Israël !
1. Père très aimant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
toi qui as pleuré la violence entre Caïn et Abel,
nous te prions pour la paix au Proche-Orient,
nous te prions pour tous les peuples qui habitent cette terre
où tu as choisi de nous rejoindre dans notre humanité.
2. Père très aimant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
toi qui as rendu possible la réconciliation entre Joseph et ses frères,
pour tout mépris à l’égard de ton peuple Israël, pardonne-nous.
(En signe de pénitence, nous restons quelques instants en silence.)
Nous te prions, Père, de faire grandir la fraternité
entre le peuple juif et les nations.
3. Père très aimant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
toi qui as fait sortir Israël de l’Égypte et lui as rendu la liberté,
donne ta joie au peuple juif
et garde-le fidèle à ton Alliance.
4. Père très aimant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
toi qui as uni les douze tribus d’Israël autour de la Torah,
donne la paix aux juifs croyants en Jésus.
5. Père très aimant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
toi qui as envoyé ton Fils Jésus pour nous sauver,
fais reposer ta bénédiction
sur les chrétiens qui sont d’origine juive.
6. Père très aimant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
Père de Jésus Christ,
toi qui as donné ton Fils bien aimé pour que tous soient un,
rassemble dans l’unité toutes les Églises chrétiennes.
7. Père très aimant, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
toi qui as promis au peuple juif la venue du Messie,
toi qui as promis à l’Église le retour de ton fils.
Nous te louons et nous disons dans l’Esprit saint : « Maranatha, viens Seigneur ! »
Oraison
Dieu éternel et tout-puissant,
écoute la prière de ton Église.
Toi qui as choisi Abraham et sa descendance
pour en faire les enfants de ta promesse,
conduis à la plénitude de la rédemption
le premier peuple de l’Alliance.
Fais que les nations de la terre
soient accueillies par grâce dans la famille d’Abraham,
et que toute la création, joyeuse, entre dans ton règne de paix.
Par Jésus le Christ Notre Seigneur. Amen.